Bédier–Selly : le deal surprise à la tête de la Cirest

Bédier–Selly : le deal surprise à la tête de la Cirest

Dernière étape de notre tour d’horizon des intercommunalités de La Réunion, la Cirest cristallise toutes les incertitudes. Alliance inattendue entre Joé Bédier et Patrice Selly, rivalités historiques, poids des « petites communes » et menaces judiciaires : l’équilibre politique de l’Est apparaît plus fragile que jamais, comme l’analyse Philippe Fabing, directeur de l’institut Sagis, invité par Pierrot Dupuy.

L’élection de Joé Bédier à la présidence de la Cirest a surpris jusque dans les rangs politiques. Face à lui, Patrice Selly, président sortant largement réélu dans sa commune de Saint-Benoît, semblait en position de conserver son fauteuil. « Il y a parfois des choses qui me dépassent », reconnaît Philippe Fabing, interrogé par Pierrot Dupuy.

L’analyste rappelle toutefois une constante historique : « un partage du pouvoir entre Saint-André et Saint-Benoît », souvent conflictuel mais structurant dans l’Est. Durant la précédente mandature, les relations entre les deux hommes étaient particulièrement tendues, marquées par des affrontements politiques et même des procédures judiciaires. Leur rapprochement actuel interroge donc autant qu’il intrigue.

Saint-André Vs Saint-Benoît : une rivalité structurante

Contrairement aux autres intercommunalités de l’île, où une ville domine clairement, la Cirest reste marquée par une rivalité historique. Saint-André et Saint-Benoît se disputent le rôle de locomotive territoriale. Si Saint-Benoît conserve son statut administratif de sous-préfecture, son influence économique s’est érodée au fil des années. À l’inverse, Saint-André bénéficie d’une dynamique plus favorable, portée notamment par sa proximité avec Saint-Denis et un tissu économique plus actif.

Cette compétition structure les équilibres politiques locaux et explique en partie les alliances mouvantes observées aujourd’hui. Autre élément clé : le rôle des communes de moindre poids démographique comme Bras-Panon, Salazie, Sainte-Rose ou la Plaine-des-Palmistes. Ces dernières se retrouvent marginalisées dans la nouvelle gouvernance, avec une représentation affaiblie au sein des vice-présidences.

Pour Philippe Fabing, ce contexte a pu favoriser un rapprochement stratégique entre Saint-André et Saint-Benoît face à ce qu’il décrit comme un « jeu à trois », où les grandes communes cherchent à conserver le contrôle de l’intercommunalité.

Soupçons de tractations et climat judiciaire

Au-delà des considérations politiques, des interrogations persistent sur les motivations réelles de cet accord. Des dossiers sensibles, notamment liés à l’attribution de marchés publics ou à des opérations foncières, alimentent les spéculations. Pierrot Dupuy évoque l’hypothèse d’un « deal » politique autour de plaintes en cours. Une lecture prudente, que tempère Philippe Fabing : « Les raisons ne sont peut-être pas exclusives les unes des autres. Elles peuvent être cumulatives. »

Plusieurs procédures judiciaires pourraient continuer à peser sur la mandature, indépendamment d’éventuels retraits de plainte. L’un des principaux facteurs d’incertitude demeure la situation électorale à Saint-André. Élu avec seulement 34 voix d’avance face à Laurent Virapoullé, Joé Bédier pourrait voir son élection contestée et potentiellement annulée.

Un nouveau scrutin n’est donc pas à exclure, avec des conséquences majeures pour la Cirest. « Élection à Saint-André = possible grosse perturbation », résume Philippe Fabing. En cas de basculement politique, une nouvelle majorité pourrait émerger au sein de l’intercommunalité, notamment avec l’appui des communes de Bras-Panon, Salazie, Sainte-Rose et la Plaine-des-Palmistes.

Une intercommunalité sous haute surveillance

Contrairement à d’autres territoires de l’île où les schémas de gouvernance semblent stabilisés, la Cirest apparaît comme un véritable point d’interrogation. Entre rivalités historiques, alliances fragiles et incertitudes juridiques, l’équilibre reste précaire. « Wait and see », conclut Philippe Fabing. Une formule qui résume à elle seule l’incertitude qui entoure aujourd’hui l’avenir politique de l’est de l’île.

Source : Zinfos974

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